Partager cette page :

L’image de carte postale de la petite rivière est presque une abstraction. Les nécessités liées à la densité humaine, aux activités économiques (agriculture, industrie, transports) et à l’occupation du territoire (extension urbaine notamment) sur le bassin Artois-Picardie voire même des considérations paysagères ou militaires ont depuis longtemps modifié le paysage et notamment les cours d’eau pour les rendre utiles.

Le fonctionnement réel d’un cours d’eau

JPEG - 5.6 Mo
L’Ecaillon à Vendegies sur Ecaillon

Les désordres associés aux cours d’eau, crues, odeurs, maladies ont également justifié leur relégation comme éléments indésirables.
Les pollutions aquatiques sont bien identifiées comme problématique pour les milieux aquatiques, aussi les efforts constants depuis une trentaine d’année commencent à porter résultat (voir rubrique idoine) au moins sur certains paramètres.

A de rares exceptions près, les cours d’eau du bassin Artois Picardie subissent tous une forte influence anthropique. Ils ont été rectifiés, canalisés, creusés, élargis, détournés, leur végétation rivulaire arasée, leur cours détourné depuis plusieurs siècles. Et ces aménagements lourds, ont profondément modifié leur comportement.
Les atteintes à la morphologie des cours d’eau constituent un champs d’exploration scientifique et technique, son influence sur les milieux aquatiques est certaine mais difficilement quantifiable.

Grands types d’altération

Les altérations s’apprécient par rapport à un état de référence, elles peuvent concerner :

  • Le régime hydrologique : les débits (moyen, étiages et crue) ne sont pas ceux qu’on attend, il existe une déconnexion avec la nappe (par imperméabilisation du lit)
  • La continuité du cours d’eau : des obstacles entravent les migrations biologique et le transport sédimentaire, des digues déconnectent le cours d’eau de son lit majeur. La continuité écologique déterminante pour la trame verte et bleue, les politiques de gestion des poissons migrateurs et bien sûr l’atteinte du bon état écologique (liens vers article idoines) est particulièrement prise en charge par les politiques publiques. On pourra par exemple se référer au plan national de restauration de la continuité écologique et à sa circulaire de mise en œuvre. Un référentiel des obstacles à l’écoulement (ROE) est également disponible en téléchargement. (voir également l’article restauration de la continuité écologique)
JPEG - 1.3 Mo
Les obstacles à la continuité écologique
Les barrages/seuils obstacles à la continuité écologique - Auchy les Hesdins
  • La morphologie même du cours d’eau :
    • Le cours d’eau est canalisé (alors qu’un cours d’eau est naturellement mobile et que son parcours se modifie au grès de l’érosion, des crues…)
    • Le cours d’eau n’a pas les dimensions attendues (il existe en effet un équilibre entre la largeur, la pente, la profondeur, et le débit) il peut avoir été élargi, surcreusé…
      JPEG - 242.9 ko
      Canal de l’Escaut à Eswars
      un service rendu par le cours d’eau - Le réseau navigable est fortement modifié.
    • Le fond est colmaté, envasé
      JPEG - 118.3 ko
      Piétinement bovin sur l’Authie
    • Le cours d’eau a été rendu rectiligne là où il serait naturellement sinueux
    • La végétation aquatique est absente
    • Il n’y a aucune végétation sur berge alors que naturellement 3 strates peuvent être présentes (herbes, arbustes et arbres)
      JPEG - 816.4 ko
      L’Yser, rectifié, reprofilé, absence de ripisylves
    • Le cours d’eau est endigué (par des digues en dur ou des merlons )
    • Les berges sont artificielles (palplanche ou muret) supprimant ainsi les abris sous berges. Elles n’ont pas la pente attendue.
      JPEG - 117.9 ko
      Protection de berges dans l’Audomarois
    • La vitesse d’écoulement est réduite (dû à l’élargissement du cours d’eau) provoquant une sédimentation accrue.

Ces dysfonctionnements se cumulent souvent. Il en résulte des cours d’eau peu diversifiés, ne remplissant pas des fonctions essentielles d’abris, de nourrissage et de reproduction pour les espèces. Mais présentant également des désordres pour l’homme et l’obligeant à sur-entretenir le cours d’eau.

Il existe des méthodes pour décrire la morphologie des cours d’eau. De nouvelles méthodes se mettent en place pour leur évaluation, c’est à dire repérer les dysfonctionnements, mais la recherche se poursuit sur cette thématique encore récente.

Le protocole CARHYCE permet de caractériser un cours à l’échelle de la station.
Le projet SYRAH en cours permettra d’évaluer les risques sur les tronçons de ces cours d’eau.

Ces méthodes permettent de décrire la morphologie d’un cours d’eau. Le passage de ces descripteurs à l’évaluation d’un état hydromorphologique, c’est à dire chercher à savoir en quoi le cours d’eau s’écarte d’un fonctionnement naturel, dit de référence, nécessite que la référence soit connue, ce qui est encore en cours de développement.

Certains protocoles sont plus spécifiques, le protocole ICE s’intéresse à l’incidence de barrages, seuils, écluses etc... sur les migrations de la faune aquatique et le transport sédimentaire.
L’évaluation des dysfonctionnements est un préalable nécessaire aux actions de restauration. C’est pourquoi par exemple, les plans de gestion et d’entretien comportent un état initial décrivant la situation. Là encore, pas de méthode standardisée, mais les altérations sont néanmoins détectées permettant ainsi d’apporter des solutions.

Il n’existe pas de méthode nationalement reconnue pour évaluer l’état hyromorphologique des cours d’eau. L’Agence de l’eau Artois Picardie, pour pallier cette lacune a appliqué le protocole SEQ-Physique. (voir les résultats). Ce sont globalement les problèmes de continuité écologique, d’absence de ripisylves et de piétinement des berges qui pénalisent les cours d’eau évalués (voies navigables non prospectées notamment).

Pour en savoir plus